Patacama 2018

Voici le journal de bord d'un voyage au Chili réalisé en novembre 2018. Le récit est précédé de quelques conseils pour se faire une idée rapide. Quelques photos du voyage sont visibles sous forme d'une carte interactive. Un diaporama est aussi disponible.

Conseils pratiques

Budget

Si vous avez beaucoup de temps libre et n'êtes pas attaché au confort, il est possible de voyager avec un budget réduit en Amérique latine. Beaucoup de jeunes backpackers le font en solo ou en duo. Dans mon cas, limité par le temps, 24 jours sur place (26 jours au total), dans des conditions de confort supérieur a coûté 8000 €/personne (tout compris, on s'est un peu lâché). En 2012, pour 28 jours (30 jours au total), le voyage a coûté environ 6600 €/personne avec un confort un peu inférieur. Dans les deux cas, il s'agit de prestations sur mesure avec une agence de voyage disponible qui sait faire face aux imprévus dans un délai de quelques heures à 24 heures.

Avions

Les habitués des voyages le savent : mieux vaut s'y prendre en avance pour obtenir des billets d'avion à un prix correct si la destination et la date sont impératives. En 6 ans, le prix des billets pour le Chili n'a quasiment pas bouger : un peu moins de 1000 € l'aller retour dans notre cas.

Carburant

Le prix de l'essence fin 2018 était 10 centimes moins cher qu'en France.

Réseau routier

Les routes du Chili ne présentent pas de difficulté quand la chaussée est goudronnée, comme c'est le cas dans la plupart des zones urbanisées. En revanche comme on s'éloigne de Santiago dans les régions patagones ou dans la région de l'Atacama, les pistes font leur apparition. Celles-ci sont généralement de bonne qualité mais elles peuvent souffrir de ravines profondes ou traverser des gués, dans les zones montagneuses. Attention donc, des passages peuvent être délicats, voire infranchissables avec une voiture citadine si vous vous aventurez sur une petite piste perdue (j'ai testé avec une berline compacte et un tout-terrain, il y a une vraie différence, pas seulement en terme de prix). Certaines régions, dans les cordillères notamment, sont peu fréquentées. S'assurer d'une autonomie suffisante pour la voiture et ses occupants avant de prendre la route/piste est judicieux.

PELIGRO CAMPO MINADO

Des mesures défensives ont conduit le Chili à poser des champs de mines à la fin des années 70 dans le sud pour faire face aux troupes argentines amassées à la frontière des deux pays. Si certaines zones ont été déminées sous le contrôle de l'ONU, d'autres qui ne figuraient pas sur la liste demeurent piégées. S'y aventurer est pour le moins risqué car les mines ont l'inconvénient d'être toujours actives. (source : 2012, militaire à la retraite reconverti en chauffeur, témoin et acteur du conflit)

Passage aux frontières

La régions des lacs est à cheval entre le Chili et l'Argentine. Parcourir cette région en voiture peut nécessiter de passer la frontière. Votre véhicule doit être exempt de défaut visible (exemple: un feu cassé, et vous prenez le risque d'une entrée refusée). Vous devez aussi être en possession d'une déclaration vous autorisant à franchir la frontière avec votre véhicule loué. Le Chili ne rigole pas avec les importations interdites. Une pomme prohibée oubliée dans l'accoudoir de votre voiture peut coûter cher (testé). La fouille de véhicule est courante et les bagages peuvent être scannés comme dans un aéroport. Temps de passage constaté : de moins de 10 minutes à jusqu'à 2 heures.

Nourriture

Un touriste européen mange bien au Chili, les prix lui sont abordables. Contrairement à l'idée fausse répandue, les plats servis ne sont pas particulièrement épicés. Si vous vous rendez sur l'île de Chiloé et ses alentours, vous verrez sans doute à la carte des restaurants un plat traditionnel de l'île : le curanto (spécial, pas terrible celui qui m'a été donné de manger). Vous croiserez sur les routes de nombreux camions transportant des... saumons. Le Chili est en effet le second pays producteur de saumon. Pour un français, c'est l'occasion de (re)découvrir un cépage : le Malbec(k) ou Côt. Enfin, si vous aimez la viande de mouton, le sud de la Patagonie vous régalera avec une viande cuisinée au feu de bois, ou sur barbecue.

Hébergement

L'offre touristique est fournie avec des hôtels de toutes catégories mais pour les sites très visités, tels que le parc Torres del Paine, réserver à l'avance est parfois nécessaire. C'est encore plus vrai pour les gites et refuges si vous randonnez en haute saison. Planter sa tente est possible, cela va du campement gratuit à l'emplacement réglementé avec contrôle des gardes dans les parcs.

Feu + vent + bois

Fin 2011, un randonneur allemand a posé sa pêche et pour réduire son impact écologique, il a brûlé le papier toilette souillé et... 17 600ha du parc Torres del Paine sont partis en fumée.

Les préparatifs

Pour l'essentiel inintéressant, mis à part le fait qu'il faut un permis de conduire international pour louer un véhicule au Chili et en Argentine. En résumé, pour un français, obtenir le sésame peut prendre plus de temps qu'annoncé (6 semaines).

Si vous décidez d'écrire votre journal de voyage, qu'il soit publié ou non, commencez à rédiger vos notes dès l'origine de votre projet. Un voyage commence avant même ses préparatifs.

Passer directement au Journal de voyage.

29/07 - Décision

Un voyage à plusieurs milliers de kilomètres, c'est un peu l'aventure. J'ai finalement réussi sans trop de peine à convaincre un cousin pour un voyage de 3 à 4 semaines en Amérique latine, plus précisément la Patagonie. Le hic, c'est qu'il a réagi un peu tardivement. Si nous voulons partir cet automne 2018, il faut lancer les préparatifs sans plus tarder. Et cela commence par la demande d'un permis de conduire international, indispensable pour utiliser un véhicule au Chili et en Argentine.

01/08 - Ticket to ride

Le voyage se concrétise avec l'achat des billets d'avion. Comme les délais sont limites, je contacte un agence qui assure. Notre itinéraire passe par la Patagonie avec le trek W à Torres del Paine, la région des Siete Lagos à cheval entre l'Argentine et le Chili, et le désert de l'Atacama. A l'agence de trouver les hébergements et d'organiser nos moyens de transport.

02/08 - Le devis

L'agence de voyage a fait vite et leur proposition est alléchante. A lire et modifier si besoin mais cela correspond à notre demande.

07/08 - Réservations lancées

Afin de réserver nos hébergements, les excursions et les transports, nous versons un premier acompte.

17/08 - Réservation en cours...

Pas de nouvelle, bonne nouvelle...

21/08 - Réservations & changements

L'agence de voyage nous fait part de changements d'hôtels à Torres del Paine, El Calafate et Punta Arenas. J'ai demandé à chercher un autre établissement mieux situé à El Calafate et la confirmation de la mise en consigne de nos bagages pendant le trek W. Dernier détail, le vol Puerto Natales - Puerto Montt après notre trek est décalé au lendemain. Cela nous laissera le temps de souffler un peu.

24/08 - Réservations OK

L'agence de voyage a confirmé le bouclage complet de notre voyage. Il reste à obtenir le permis de conduire international, renouveler une paire de chaussures de randonnée, acheter un pantalon de voyage, faire un contrôle dentaire...

31/08 - J-60...

Un mois s'est écoulé et toujours pas de permis international.

06/09 - Demande de permis bis

Pas moyen de connaître l'état d'avancement de mon permis international. J'émets une seconde demande au cas où la première serait égarée.

08/09 - Solde !

C'est jour de paie pour l'agence de voyage. Je verse le solde.

11/09 - Permis en préparation

Ca y est l'Administration traite enfin ma demande de permis de conduire international, mais laquelle ?

14/09 - Le permis est là !

Et voilà, à peine la seconde demande transmise, l'Administration se réveille et m'envoie le fameux document.

26/09 - Le permis enfin !

Mon compagnon de voyage reçoit lui aussi son permis de conduire international.

10/10 - Et de deux !

L'Administration a traité ma seconde demande de permis international avec un délai de 6 semaines... au lieu des 3 annoncées.

13/10 - Histoire de sac

Trouver la perle rare en matière de sac est une affaire de goût et de praticité (la gent féminine en sait quelque chose). Mon nouveau sac à dos Gregory Miwo est un 18L+ et ne demande qu'à faire ses preuves. De part son format, une housse de pluie est inadaptée. Si je ne peux pas protéger son contenu de l'humidité par l'extérieur, je le ferai par l'intérieur avec un sac étanche (20 g).

Le voyage

01/11 - C'est parti !

Nous prenons notre avion chacun de notre côté pour nous retrouver à l'escale de l'aéroport de Madrid. Le vol avec Iberia est plus court (13h35) que depuis Paris avec Air France (14h35). La nuit promet d'être longue et heureusement à bord, il y a de quoi s'occuper avec quelques films et parties de mahjong.

02/11 - Santiago de Chile

Santiago de Chile (510 m) : peuplée d'environ 5 millions d'âmes sur les presques 19 millions habitants du 14ème pays le plus inégalitaire de la planète.

Plaza de Armas

Atterrissage en début de matinée, nous constatons l'absence d'un bagage : la compagnie aérienne n'est pas à la hauteur et nous fait perdre près de 2 heures pour traiter le problème. Après un bref rafraîchissement à notre hôtel, nous partons à pied découvrir le centre de Santiago. Sur la Plaza de la Constitucion, devant la Moneda, des photos de victimes disparues sous Pinochet sont exposées. Après quelques heures de ballades nous grimpons au sommet du Cerro Santa Lucia puis nous allons manger dans un petit restaurant du quartier. Notre ascension au Santuario del Cerro San Cristóbal est abrégée par un sentier temporairement interdit à quelques centaines de mètres du sommet :-( Le soir venu, nous rejoignons notre hôtel pour une bonne nuit.

03/11 - Direction le Grand Sud

La Patagonie : 3.8 hbts/km2, région contrastée composée de forêts d'arbres à feuilles caduques, de grandes plaines sèches, de montagnes avec des climats alpins, de glaciers, de nombreuses îles et de bras de mer. Royaume d'Araucanie ou Nouvelle-France de 1860 à 1862, résultat d'une tentative d'indépendance des mapuches pour le moment sans succès.

Laguna Blanca

Départ matinal pour l'aéroport afin de récupérer le bagage manquant et prendre notre avion pour Punta Arenas. Uu chauffeur nous conduit à Puerto Natales où nous laissons le surplus de nos affaires que nous retrouverons dans quelques jours après notre randonnée. Sur les conseils de notre guide, nous dînons rapidement dans un restaurant local et reprenons la route pour Torres del Paine. Notre arrivée vers 23:30 se fait dans une nuit noire.

04/11 - Départ retardé

Torres del Paine : réserve de biosphère déclarée par l'UNESCO, le parc renferme une nature somptueuse avec une météo sauvage qui attire de plus en plus de monde. Des randonneurs, il y en a beaucoup sur les sentiers.

Salto Grande

Au lever, je retrouve les sommets si caractéristiques du parc : Los Cuernos del Paine. Le temps est humide et il y a du vent, normal dans la région. A ceci prêt que sa force interdit la traversée du lac Grey prévue à 12:00 pour atteindre notre refuge du soir. Pas grave, nous prendrons le bateau de 15:00. Sauf que le vent ne faiblit pas et toutes les navigations de la journée sont annulées. Nous nous rapatrions sur les rives du Lago Pehoé où un bateau nous amènera directement au Refugio Paine Grande. En attendant notre embarcation, nous partons observer Salto Grande. Un panneau indique "Precaución zona de fuertes vientos", c'est un euphémisme. J'ai l'habitude d'un mistral à 100 km/h, mais ici la force du vent est telle que respirer devient difficile et que je suis obligé de m'accrocher à une rambarde pour ne pas être emporté.
Bilan de la journée : nous n'avons pas vu le glacier Grey ni même beaucoup marché, par contre on a bien pris l'air !

05/11 - Début de randonnée

Valle del Francés

Nous partons assez tard après notre petit-déjeûner malgré une étape de marche conséquente (22 km). La météo est changeante et nous passons les 2 premières heures à changer constamment de tenue. Lorsque nous nous engageons dans la Valle del Francés, le soleil brille. Un garde nous oblige à déposer nos sacs à dos, "par sécurité" en cas de dégradation de la météo. D'expérience, nous prenons de quoi nous couvrir (gants, bonnet, veste de pluie, polaire), le tout sans sac à dos malgré un beau ciel bleu et 4 heures de marche. Bien nous en a pris car à l'approche du Mirador Britanico, les nuages on commencé à déborder des crêtes. En 30 minutes, nous nous retrouvons sous une chute de neige, bonnet vissé sur la tête. La nature ne rigole pas dans le coin...
Le soir nous dormons au Refugio Los Cuernos sous un dôme. La nuit s'annonce fraĉhe.

06/11 - Etape tranquille

Lago Nordenskjöld

Si l'étape de la veille était assez sportive, celle du jour s'annonce courte (11.5 km pour 04h30 annoncés) avec peu de dénivelé. Plutôt facile en théorie, nous mettons 07h30 ! Ok, nous avons pris notre temps mais quand même, il doit y avoir une faille spatio-temporelle dans le coin. Le sentier suit les rives du Lago Nordenskjöld (du nom du géographe suédois Otto). Les derniers kilomètres jusqu'au Refugio Torre Norte sont plats mais lassants.

07/11 - Tres Torres

Point culminant du circuit W, c'est un panorama des plus fameux de cette randonnée.

Tres Torres

Aujourd'hui, il va y avoir un peu de sport (20 km), surtout à la fin de l'ascension. En effet, nous partons pour 1000 m de dénivelé jusqu'aux Tres Torres. Petit détail, la température est au moins 7°C plus basse que dans la plaine (12°C) et le vent est musclé. Nous déjeûnons face aux trois tours de granite et une fois bien frigorifiés, nous redescendons tranquillement jusqu'au refuge Torre Norte. Nous retrouvons notre sympathique chauffeur qui nous ramène à Puerto Natales, là où nos bagages et une chambre d'hôtel avec vue sur le canal Señoret nous attendent.

Note: parcourir le trek W d'ouest en est me paraît plus aisé en raison du vent dominant et des 1000 m de dénivelé pour conclure avec les Torres. Autre avantage, cela évite de marcher le soleil dans les yeux.

08/11 - El Calafate

El Calafate (199 m) : du nom d'un arbuste épineux à fleur jaune, le Berbéris à feuille de buis, ville d'Argentine développée au début du XXème siècle autour de l'approvisionnement des transports de laine. Temps frais et sec. Avec beaucoup de chance, possibilité de voir le huemul, cerf du sud andin en danger d'extinction.

Estancia Nibepo Aïke

Nous prenons le bus pour rejoindre El Calafate. Le paysage ne varie guère sur les 360 km du trajet parcouru en 5 heures. Au passage de la frontière, l'histoire des années 80 se rappelle à nous avec un panneau sans ambiguïté : "Las Malvinas son argentinas".
El Calafate est une ville touristique agréable avec de nombreux restaurants et salons de thé. Nous dégotons ce qui semble être un lieu très couru par les locaux : la Lechuza, une excellente pizzeria. Ensuite nous partons pour l'estancia Nibepo Aïke, une ferme musée typique située dans le parc Los Glaciares. L'exploitation a été fondée par des migrants croates. Après une présentation de l'activité des gauchos, ce soir c'est barbecue et vue sur le Perito Moreno au loin.

09/11 - Perito Moreno

Perito Moreno (187 m) : célèbre glacier du Parque Nacional Los Glaciares. Front de 5000 m, 60 m au-dessus de l'eau, 250 km2 sur 30 km de long, il porte le nom du naturaliste argentin Francisco Pascacio.

Glacier Perito Moreno

S'il y a un glacier qui mérite d'être vu, c'est sans doute le Perito Moreno. Le circuit piétonnier aménagé de passerelles offre une vue remarquable sur le front du glacier. Si vous avez le temps, une excursion en crampons est possible. Préférez une longue sortie pour vraiment apprécier l'expérience et pensez à vous équiper (soleil ou mauvais temps peut vous tomber dessus).

10/11 - La croisière s'amuse... ou pas

Lago Argentino (187 m) : plus grand lac de Patagonie avec une profondeur allant jusqu'à 500 m et une superficie de 1560 km2.

Glacier Speggazini

Lorsque l'agence de voyage m'a suggéré une croisière, j'étais plus que circonspect. Je me suis laissé convaincre avec la promesse de beaux glaciers. Nous embarquons donc pour 5 heures de navigation sur le Lago Argentino. Le glacier Upsala victime du réchauffement recule rapidement. En raison d'un "risque de glissement de terrain", l'observation du glacier se fait depuis plusieurs kilomètres... Nous visitons un second glacier : le Speggazzini. Plus petit que l'Upsala, la vue est cependant spectaculaire car nous pouvons admirer de près son front émergeant de 80 m.
De retour à El Calafate, je suis définitivement fâché avec les "croisières" et le Perito Moreno est Le Glacier incontournable.

Remarque : fait anormal, aucun mot sur le réchauffement climatique et la fonte des glaciers dans les commentaires à bord.

11/11 - Punta Arenas

Nous reprenons les 5 heures de bus en sens inverse pour rejoindre Puerto Natales. La steppe patagone, bien que monotone, offre un spectacle unique de grands espaces. De parts et d'autres paissent guanacos, nandous, ibis, couples d'oies de magellan et troupeaux de flamands roses, les pieds dans l'eau des lagunes. Instants magiques impossibles à saisir avec un appareil photo grand angle dans un bus à 100 km/h.
Nous enchaînons avec 260 km de voiture jusqu'à Punta Arena avec... notre chauffeur du premier jour dans la région. Nous aurions dû poursuivre pour Puerto Montt mais les horaires d'avion nous étaient défavorables. Alors nous terminons cette longue journée de transport par une ballade tranquille en ville.

12/11 - Cucao (Chiloé)

Chiloé : archipel au sud de la région des lacs, copieusement arrosée avec 2000 mm par an. L'île du même nom abrite 60% de la production de salmonidés du Chili, second producteur exportateur mondial. (en savoir plus)

Iglesia Quinchao

Après avoir atterri à Puerto Montt, nous découvrons notre véhicule de location : c'est bête à dire mais on se sent comme des nababs à bord de notre X-Trail de citadins, quand bien même nous croisons beaucoup de tout-terrain bien plus impressionnants. Bref nous voilà partis pour la Isla Grande de Chiloé sous un ciel bleu. L'île est célèbre pour ses églises de bois classées au patrimoine mondial par l'UNESCO.
Les paysages ont parfois un air d'Irlande, au point qu'on y trouve les mêmes satanés ajoncs introduits par des pionniers allemands (fin XIXème siècle). Nous musardons sur les pistes de l'île et nous arrivons à la nuit à notre gîte après des kilomètres de chaussées en travaux. Nous partons à pied dans le noir en quête de quoi manger. De nombreux chiens en liberté jappent et je rassure mon cousin en lui disant que nous ne craignons rien, les chiens sont courtois au Chili... Trouver pitance après 21h00 à Cucao est une cause perdue alors nous dégustons nos 4 derniers biscuits tout en jouant à Star Realms, un excellent jeu de cartes de type deck building qui nous emmène jusqu'à minuit.

Note : Quellón au sud-est de Chiloé est un des terminus de la Panaméricaine.

13/11 - Castro & Perro

Palafitos

Certains pourraient la qualifier de "journée de m..." mais c'est aussi un moyen de forger les souvenirs. Après avoir fait une ballade dans le Parque Nacional Chiloé sous un temps humide, nous prenons la route pour la ville de Castro. En chemin, nous faisons moults détours avant de gagner notre palafito d'une nuit. Allant à pied visiter le centre ville, un chien venu de nulle part et pas très courtois m'attaque dans le dos et me pince le mollet. Il tente ensuite de me mordre à 3 reprises tandis que je fais face à ses assauts. Mon pantalon a 5 trous et une plaie saigne un peu. Direction l'hôpital de la ville où je vais passer 3h30 pour une injection de sérum antirabique sans désinfection de la blessure et une prescription d'antibiotique. Pas top (voir plus bas).
Pour le dîner, nous commandons la spécialité du coin : un curanto. Notre sympathique chauffeur nous en avait parlé en qualifiant ce plat de "spécial". Il avait raison et il aurait pu ajouter "pas terrible", question expérience gustative. C'est en tout cas ce que nous en avons pensé. Mais n'ayant pas retenu la leçon, j'opte pour la spécialité dessert. J'aurai mieux fait de m'étouffer avec le repas diesel de midi (ça pissait l'huile). Demain sera un autre jour...

14/11 - Sous la pluie

Iglesia Dalcahue

Je me réveille avec une contracture pas très rassurante au mollet mordu, alors à la pharmacienne qui me vend les médicaments prescrits, je demande son avis. Elle me dit que tout va bien et que de toute manière si je veux malgré tout suivre un protocole antirabique, je ne pourrai pas le poursuivre en Argentine (où nous allons dans les prochains jours).
Nous laissons Castro sous un ciel chargé et prenons un ferry pour l'île de Dalcahue. Ensuite, avant de quitter Chiloé, nous empruntons une piste boueuse à la recherche d'un fort espagnol près d'Ancud, en vain. Nous nous contentons du Faro Corona, phare qui a pour attrait principal un petit musée... des lampes de phares !
Nous finissons notre journée à Puerto Varas dans un bed & breakfast particulièrement cosy.

15/11 - Retour à San Carlos de Bariloche

San Carlos de Bariloche (893 m) : a servi de refuge à un nid de nazis, siège d'une supercherie scientifique sur l'île de Huemul, abrite l'institut Balseiro, centre de recherche nucléaire argentin de première importance.

Bed & Breakfast

Après avoir musardé sur les routes depuis Puerto Varas, nous atteignons le poste frontière. Un douanier conciliant ne comprend pas d'où nous venons mais nous fait remplir nos obligations administratives avec le sourire : nous quittons le pays par son entrée ! Nous décidons ensuite de pique-niquer dans un paysage marqué par les stygmates d'une éruption du volcan Puyehue survenue en 2011.
Puis nous atteignons les rives du lac Nahuel Huapi, vaste étendue à 768 m aux eaux d'un bleu profond, avant d'arriver à San Carlos de Bariloche. Après un passage à notre hôtel excentré puis au centre-ville, nous partons voir Llao Llao dans une circulation dense. Le coin a des airs de Suisse et de Bavière. La soirée se joue en local au restaurant de l'hôtel qui sert des plats particulièrement bons avec vue sur le lac.

16/11 - Refugio Frey (1740 m)

Laguna Toncek

Après "les excès" de la veille, nous voici partis pour une randonnée prometteuse. Au départ de la station de ski du Cerro Catedral, nous marchons pour le Refugio Frey avec l'idée de faire une boucle. Notre randonnée débute au milieu de troncs récemment brûlés puis nous gagnons le couvert d'une forêt luxuriante. A partir de 1500 m, la montée finale se fait dans un paysage enneigé. Faire notre boucle à 2000 m était une chouette idée qui restera sous la neige.
20 kilomètres plus tard et sous un soleil dardant, voilà deux randonneurs enchantés de leur ballade !

17/11 - En passant par Meliquina

Río Traful

Nous prenons la route pour San Martin de Los Andes avec au menu une bonne dose de pistes montagneuses. Les paysages sont superbes avec des airs de décors de films de cowboys, pardon, de gauchos. Nous faisons un arrêt au Paso Córdoba (1300 m) avant de plonger sur Meliquina. Là, nous faisons un arrêt dans une gargote pour une pause déjeûner. La matronne est très commerçante : faute de pesos argentins, elle accepte volontier notre monnaie chilienne.
A notre arrivée et pendant notre visite, San Martin est bien calme. Nous finissons la journée dans un hôtel sur un terrain de golf. Nous avons le sentiment d'être plongés dans la série "le prisonnier" derrière tout l'apparat sécuritaire. Mauvaise expérience que la carte du restaurant adoucit cependant.

18/11 - Huerquehue

Villarica (2847 m) : stratovolcan des plus actifs de la chaîne des Andes, entré en éruption en 2015.

Parque Nacional Huerquehue

Nous quittons notre hôtel, heureux de nous échapper de son atmosphère. Notre programme est un peu chargé. Nous devons nous rendre dans la région de Pucón et, sur la route, faire une halte pour randonner dans le Parque Nacional Huerquehue. A l'accueil nous apprenons que la plupart des itinéraires sont encore fermés en raison... des restes de neiges hivernales. Nous étions prévenus, les sentiers son parfois difficiles. Nous avons été servis avec une boue et des racines glissantes à foison. Notre chemin nous emmène autour de plusieurs lacs nichés dans une végétation exhubérante où l'eau est omniprésente. Les arbres, ici, sont énormes.
Après l'effort du jour nous rejoignons notre bed & breakfast tenu par des francophones. Avec l'heure tardive, nos hôtes nous recommandent le petit restaurant de l'autre côté de la route. C'est la fin de service mais nous sommes très bien accueillis : au menu cocktail à base de fruits et légumes suivi d'une très bonne pizza.

19/11 - Parque Nacional Conguillío

Lago Conguillío

Peu de route aujourd'hui, nous allons passer deux nuits dans le Parque Conguillío réputé pour ses arbres aux allures préhistoriques : les araucarias. Aussi, partons-nous à la recherche de l'Araucaria Madre, un specimen femelle de 50m de haut et vieux de 1800 ans. La doyenne du parc est impressionnante.
Nous profitons du lodge avec une série de parties de Star Realm accompagnées d'une bière et suivie d'un dîner collectif avec six autres convives. Nous terminons la journée enchantés de profiter d'un parc naturel quasi désert.

20/11 - Sierra Nevada

Sierra Nevada

Aujourd'hui est une journée rando avec un itinéraire dont nous avons aperçu le point de départ la veille : destination la Sierra Nevada. Le dénivelé rencontré est modéré avec seulement 600 m. Toutefois nous rencontrons un sol enneigé et les 2 km de fins de parcours se font sur une couche (et parfois à travers) de plus d'1m. A 1700 m, nous admirons les araucarias qui trônent sur un sol blanchi avec en arrière plan le volcan Llaima (3125 m) qui en impose.
Sur le chemin du retour, les lézards aperçus pendant l'ascension se dorent la pilule sur les pierres ensoleillées, parfois entourées de neige.

21/11 - En route pour l'Atacama

Atacama : région la plus aride du monde et riche en ressources géologiques dont le lithium. Le Chili en détient 45% des réserves mondiales. L'exploitation minière suscite des protestations de la part des habitants locaux en raison de la pollution provoquée et l'annexion de l'eau par l'industrie lourde.

Atacama

Après les pentes enneigées de la veille, nous allons à l'aéroport de Temuco pour rejoindre le désert le plus sec de la planète : l'Atacama. A notre arrivée à San Pedro, haut lieu touristique, nous sommes assommés par un soleil cuisant. Aussi optons-nous pour l'ombre d'un des nombreux restaurants, histoire de se revigorer. Nous sentons comme un déphasage devant tant de fréquentation dans les rues et les étals de boutiques. Cela est caricatural de voir des produits qui se veulent être des souvenirs locaux made in China.

22/11 - Valle de la Luna, valle Arcoiris

Pueblo de mineros

Pour visiter les alentours de San Pedro, l'excursion semi-privée est un bon compromis entre la taille du groupe et le prix. En effet, les excursions en bus promettent une foule nombreuse à chaque arrêt. Aussi partons-nous avec un guide belge pour la Valle de la Luna. Nous découvrons une dune de bonne taille et un paysage minéral qui rappelle un peu le grand canyon américain, avec des volcans à l'horizon. Notre guide nous invite à faire un "trek" : une ballade pousiéreuse de 30 minutes. Flatteur, il est étonné de notre rythme de marche plutôt soutenu pour des touristes arrivés la veille. Nous reprenons notre véhicule pour aller explorer une grotte de sel et nous finissons par le "rocher du coyote" avant un retour à San Pedro pour un bon déjeûner ombragé.
L'après-midi nous partons visiter la Valle Arcoiris en passant par un village de mineurs désert. La roche offre un festival de ton ocre et... de la poussière. Nous allons ensuite découvrir les pétroglyphes de Yerbas Buenas. Le lieu aurait été une halte privilégiée des voyageurs et éleveurs de troupeau.
En fin de journée, nous assistons au coucher du soleil qui illumine les sommets tandis que la Lune se lève simultanément.

23/11 - Geysers del Tatio & lagunes à plus de 4000 m

Geysers del Tatio (4270 m) : 3ème site en importance après l'Islande et Yellowstone. Une brève tentative d'exploitation géothermique du site fut abandonnée en 1974.

Geysers de Tatio

Toutes les agences de San Pedro vous proposerons un rendez-vous avec le lever du soleil pour admirer les panaches de vapeur des geysers du Tatio. Avec notre formule semi-privée, nous sommes arrivés après le rush. Nous avons profité des geysers certes avec le soleil un peu plus haut, mais surtout sans la cohue des bus. Un petit-déjeûner bienvenu nous est offert sur place, un moment convivial. Puis notre guide nous emmène à la découverte d'autres geisers et mares gargouillantes de la région et nous enchaînons par des lagunes. Des troupeaux de flamands roses sont plantés au milieu de l'eau. Nous sommes étonnés de la robustesse de ces oiseaux qui affrontent sans problème les températures négatives (-20°C à 4000 m la nuit) et les rudes conditions du Grand Sud (moyenne annuelle du vent: 60 km/h). Le long de la route et sur les berges des lagunes, nous voyons des vigognes. Particularité de l'espèce, chaque harde marque son territoire avec leur urine et leurs excréments. Puis nous achevons notre excursion par une ballade dans le Cañon de Guatín bordé de cactus centenaires avant de regagner l'agitée San Pedro.
Nous prenons l'avion à Calama pour atterrir en début de soirée à Santiago, notre dernière nuit au Chili a sonné.

24/11 - The end

C'est le dernier jour et nous nous autorisons l'unique grasse matinée du voyage : lever 08:30. Après un excellent petit déjeûner et le bouclage des sacs, direction l'aéroport. Le périple du retour s'annonce long avec un avion surchauffé. Pour passer le temps, je me plonge dans les films disponibles. Le repas servi à bord n'est pas si mauvais quand on a faim. Atterrissage final le 25/11, retour dans mes pénates à 15:00, boulot le lendemain matin, dépaysement garanti !

Lago Argentino Cañon de Guatín

La Patagonie chilienne, du nord au sud, offre des paysages revigorants et d'exception. La région de l'Atacama est sans doute tout aussi intéressante pour ceux qui apprécient les déserts. Mais s'extirper loin de San Pedro de Atacama me paraît indispensable pour goûter pleinement aux étendues désertiques. Le Grand Sud m'a conquis avec la région des lacs. Les nombreux parcs nationaux offrent de belles possibilités de randonnées sur plusieurs jours, dans une nature luxuriante surplombée de cônes enneigés, l'archétype des volcans. Avec ses airs de bout du monde et de territoire sauvage, la pointe sud de la Patagonie m'a enchanté une nouvelle fois. La cordillère des Andes est un sujet de voyage passionnant et revenir parmi ses montagnes n'est pas exclus.

29/11 - Souvenir de Castro

A propos de la morsure du chien pas si courtois : de retour en France, j'ai contacté l'institut Pasteur qui m'a renvoyé vers un centre de vaccination. Au téléphone, le médecin m'a d'abord dit qu'il n'y avait pas urgence. Puis il a indiqué que venir dans la semaine serait bien, pour finir par me demander de rappliquer dès que possible, c'est-à-dire au plus tard le lendemain de mon appel.
Classé gravité 3/3 selon l'OMS, j'ai écopé d'un protocole antirabique complet, formule 5 injections (0, 3, 7, 14, 28 jours).

Si par malchance vous êtes mordu, il est indiqué de nettoyer immédiatement la plaie à l'eau et au savon, pendant 10 minutes selon l'OMS. Ensuite, faire une injection dans l'heure qui suit la morsure et suivre le protocole prescrit.

La rage, une fois les symptômes déclarés, est une maladie 100% mortelle.

Dans un pays où le virus sévit, pour votre sécurité, évitez tout contact physique avec un animal domestique ou sauvage susceptible d'être porteur de la rage (chien, chat, chauve-souris...). Un léchage sur une petite plaie suffit pour transmettre le virus. Si vous êtes contaminé, la maladie peut passer inaperçu jusqu'au stade terminal malgré des analyses médicales (source).

Les photos

Diaporama vidéo

Links
social